Les passerelles en bois comme solution écologique

22 juin 2021
Par Vincent Rioux

Si les passerelles en bois en milieu urbain sont encore plutôt rares dans le paysage québécois, il s’agit néanmoins d’une option qui gagne à être connue. Surtout si on s’inspire du savoir-faire ancestral qui a permis la construction de centaines de ponts couverts dispersés aux quatre coins de la province.

Au Québec, les passerelles en bois massif ont surtout été aménagées en milieu forestier et dans les parcs nationaux. « Plusieurs passerelles en bois ont été construites dans les années 1960 et 1970, principalement avec des produits de bois traité », indique le conseiller technique chez Cecobois, Guillaume Bédard-Blanchet. Bien que le bois créosoté soit très performant du point de vue de la durabilité, l’utilisation de ces produits n’est plus permise dans la construction de passerelles en bois, tant pour des raisons écologiques que pour les risques liés à la santé.

 

Protection constructive : un retour aux sources

Comme alternative au bois créosoté qui est toxique, on voit de plus en plus de projets de construction de passerelles en bois intégrant une protection constructive. « On veut favoriser l’utilisation du bois comme matériau de structures, mais en le protégeant avec une toiture. On retourne un peu à ce qui a été fait pendant des centaines d’années avec les ponts couverts », fait remarquer l’ingénieur.

 

Le Pont Maicasagi s’est mérité le prix Solutions Innovantes aux Prix d’excellence Cecobois 2013. Crédit : Nordic Structures

 

L’idée est de complètement protéger la structure de bois des intempéries afin de la préserver dans le temps. Lorsque la protection constructive atteint sa fin de vie utile, on la remplace sans avoir à refaire la structure de bois.

 

Si l’intégration d’une toiture ne convient pas au projet — parce qu’on souhaite l’accumulation de neige en hiver pour la pratique du ski de fond, par exemple —, il s’agit de recourir à une membrane de protection afin de sauvegarder la structure. « On peut utiliser une membrane de protection, souligne M. Bédard-Blanchet. Par la suite, on peut avoir un platelage apparent en bois par-dessus. Mais ce platelage-là est fait pour être sacrificiel. Il y a une membrane d’étanchéité qui protège pleinement la structure. Ça permet d’avoir une durabilité beaucoup plus grande pour les passerelles. »

 

Utiliser les forces du bois

« Avoir une structure principale en bois pour des passerelles, ce n’est quand même pas courant actuellement, ce n’est pas un réflexe que les donneurs d’ouvrage et les concepteurs ont présentement, explique Vadim Siegel, architecte chez ABCP architecture. Mais, on pense que c’est une bonne solution parce que, évidemment, il y a tout l’aspect lié au développement durable », s’empresse-t-il d’ajouter.

 

De fait, le bois est reconnu pour ses propriétés de séquestration du carbone, ce qui atténue les émissions de gaz à effet de serre. D’ailleurs, parmi les trois principaux matériaux de construction, soit l’acier, le béton et le bois, c’est le bois qui a la moins grande empreinte écologique, du fait qu’il est une ressource renouvelable, qu’il est plus facile à transformer et qu’il est transformé localement.

 

Outre les avantages écologiques, notons que le bois permet une plus grande latitude quant aux types de design possibles. « C’est plus facile de transformer le bois et puis de le coller pour faire du lamellé-collé courbe, par exemple », explique Guillaume Bédard-Blanchet. Le bois est aussi un matériau naturellement chaleureux, qui présente une variété de textures et de teintes par ses fibres et ses nœuds.

 

Malgré toutes ses qualités, le bois ne convient pas nécessairement à tous les projets. « Je crois qu’il faut utiliser le bon matériau au bon endroit, poursuit-il. Le bois a ses avantages, mais il a aussi ses inconvénients. À certaines places, il peut être une belle alternative, mais pas partout non plus. »

 

Lors de la conception d’une passerelle, ce sont d’abord et avant tout les contraintes d’entretien qui dirigent la conception structurale et le choix du matériau assure quant à lui l’architecte, qui est spécialisé dans la conception de ponts et passerelles. « La première question que je pose à nos clients c’est “Quelle est la manière dont vous allez entretenir l’ouvrage?” ou “Quel type de véhicule passera dessus?” Quand on a un petit ouvrage comme une passerelle, les charges d’utilisation sont assez faibles puisque les utilisateurs consistent principalement en des cyclistes, des piétons et des gens qui font du ski de fond », souligne-t-il.

 

Les passerelles de la Pointe-aux-Lièvres et des Trois-Sœurs

À la Ville de Québec, tant pour la passerelle des Trois-Sœurs, inaugurée en 2015, que celle de la Pointe-aux-Lièvres, dont les travaux ont pris fin au printemps 2021, on a fait le pari de l’utilisation du bois comme matériau structural.

 

Pour la passerelle des Trois-Sœurs, le tablier est composé de deux poutres lamellées-collées qui sont surmontées de panneaux de bois lamellé croisés. La membrane de protection installée au-dessus est assimilable à une composition de toiture de bâtiment. « C’est une composition complètement étanche, qu’on ne voit pas du tout, précise Vadim Siegel, qui a conçu les plans. Elle se trouve en-dessous de la section où on marche. »

 

« Il y a une pente de chaque côté avec membrane d’étanchéité. Donc, l’eau est vraiment drainée de part et d’autre du tablier. La partie du bois lamellé croisé et les deux poutres de lamellé-collé en dessous sont entièrement protégées des intempéries, il ne pleut jamais sur ces éléments-là, donc l’entretien sera extrêmement limité », promet-il.

 

Ces passerelles, par leur conception, demandent donc peu d’entretien. Elles pourraient d’ailleurs en inspirer d’autres, poussant l’utilisation du bois dans ce type de structure à l’extérieur des milieux forestiers, afin de les inscrire au sein de contextes davantage urbains. Peut-être verrons-nous, un jour, la résurgence des ponts en bois au sein de la province…

 

Le pont couvert, ancêtre des passerelles en bois, est sans doute rustique, mais ô combien charmant. Ces ouvrages à l’architecture distinctive qui enjambent ruisseaux et rivières de la campagne québécoise ont traversé plusieurs époques et sont réputés pour leur durabilité. La riche histoire des ponts couverts au Québec commence au début du 18e siècle, alors que l’on construit ces ponts par centaines jusqu’au 20e siècle dans un effort colonisation de l’intérieur des terres.

Or, au tournant des années 1950 et 1960, des dizaines de ces ponts ont été remplacés dans la foulée de la modernisation du réseau routier. Moins d’une centaine de ces ouvrages subsistent encore dans la province.

Cet article est paru dans l’édition du 17 juin 2021 du journal Constructo. Pour un accès privilégié à l’ensemble des contenus et avant-projets publiés par Constructo, abonnez-vous.